Histoire & fondation

Trente cartables : le geste fondateur de l'Association Partage

En 2015, sur les quais d'Orléans, quelques amis décident d'envoyer 30 cartables remplis à des enfants sri-lankais. Dix ans plus tard, ce geste simple a donné naissance à un centre permanent au Haut-Atlas. Retour sur la mécanique d'une association qui n'a jamais cessé de partir d'un objet concret.

Association Partage5 min de lecture

Toutes les associations ont une origine — un déclic, une réunion, un constat. Celle de Partage tient en un objet : un cartable. Plus exactement trente. Et c'est par cet objet, et non par un manifeste, que l'aventure a commencé un matin de juillet 2015, sur les quais de Loire, à Orléans.

Cet article raconte ce geste fondateur, ce qu'il révèle de la méthode que l'association applique encore aujourd'hui, et comment il a logiquement conduit, dix ans plus tard, à la construction d'un centre permanent au Haut-Atlas marocain.

L'été 2015 : un constat plus qu'un projet

Le groupe fondateur — une dizaine d'entrepreneurs, d'artisans et de cuisiniers orléanais — partage à l'époque deux choses : un attachement profond à la Loire et la conscience d'une situation précise. Au Sri Lanka, dans les années qui suivent le tsunami de 2004 et les crises économiques répétées, des familles entières n'arrivent pas à envoyer leurs enfants à l'école faute des fournitures minimales : cahiers, stylos, uniforme parfois, et transport.

Le constat n'est pas idéologique. Il est documenté par des proches sur place. Et le coût pour résoudre le problème, calculé à l'euro près, est dérisoire à l'échelle française : quelques dizaines d'euros par enfant pour une année scolaire entière.

Le calcul : 30 cartables complets, transport compris

La première mission, à l'été 2015, se chiffre :

Le tout pour un budget qui tient dans la marge d'un petit dîner caritatif organisé entre amis. C'est précisément cette modestie du montant qui frappe : l'écart entre la simplicité de la solution et l'importance de ce qu'elle débloque côté familles.

La logique du geste concret

Si l'on cherche un principe directeur qui n'a jamais bougé depuis 2015, c'est celui-ci : l'association ne formule pas d'abord une mission, elle pose d'abord un objet ou un acte concret. Le cartable d'abord. Puis, plus tard, le mur de pisé d'un centre. Puis l'huile pressée dans un atelier. Puis le repas servi dans un kiosque à Agadir.

Cette logique a plusieurs vertus :

La boucle vertueuse qui s'installe

Très vite, le premier envoi déborde le cadre prévu. Une famille bénéficiaire d'une des bourses devient elle-même donatrice quelques années plus tard. Un ancien enfant scolarisé revient, adolescent, expliquer en quoi le simple fait d'avoir pu aller à l'école a changé sa trajectoire.

C'est cette boucle — bénéficiaire d'hier, soutien d'aujourd'hui — qui pousse le bureau de l'association à imaginer plus grand qu'un envoi annuel : et si, à terme, il y avait un lieu ? Pas seulement un envoi. Un endroit physique, permanent, où l'association pourrait recevoir, former, héberger.

De Sri Lanka à Maroc : un changement de géographie, pas de méthode

En 2018, une rencontre fortuite — un caïd berbère soucieux du devenir de sa vallée du Haut-Atlas — fait pivoter géographiquement le projet. Le Sri Lanka reste, comme programme annuel de scolarisation. Mais le centre permanent, celui qu'on imaginait depuis quelques années, sera marocain.

Pourquoi ce choix ? Quatre raisons cumulées :

  1. Accessibilité depuis Orléans — Marrakech est à 3 h de vol contre 12 h pour Colombo
  2. Stabilité politique et administrative suffisante pour un investissement bâti
  3. Réseau diasporique déjà présent à Orléans qui facilite les premières démarches
  4. Climat de moyenne montagne compatible avec un projet d'accessibilité PMR (sols secs, températures tempérées)

Trois ans plus tard, en 2021, la Maison Bledi ouvre — 130 m² sur trois niveaux, conçue dès la première pierre pour être totalement accessible aux personnes à mobilité réduite. C'est l'aboutissement direct du geste de 2015 : le même principe — partir d'un besoin concret, y répondre par un objet ou un lieu — appliqué à plus grande échelle.

Aujourd'hui, le geste continue

Depuis 2015, chaque rentrée scolaire voit une mission Sri Lanka renouvelée. Le format n'a pas évolué dans son principe — il a juste été industrialisé : achats locaux pour soutenir l'économie de la zone, remise directe aux familles sans intermédiaire rémunéré, suivi photographique pour les donateurs.

Le chiffre est aujourd'hui sans commune mesure avec les 30 cartables initiaux. Mais le rapport à chaque enfant scolarisé est resté le même : un nom, un visage, une famille identifiée — pas une statistique agrégée.

Questions fréquentes

L'association continue-t-elle d'envoyer des cartables au Sri Lanka chaque année ?

Oui — l'opération est annuelle, calée sur le calendrier scolaire sri-lankais. Les fournitures sont désormais achetées localement à Colombo plutôt qu'à Orléans, pour soutenir l'économie locale et réduire l'empreinte transport.

Comment se sont retrouvés les premiers bénéficiaires ?

Par un réseau de proches d'un membre fondateur installé en France depuis l'enfance, qui maintient des liens étroits avec sa région d'origine. Le maillage personnel s'est ensuite étendu via les familles elles-mêmes, sans jamais passer par des intermédiaires institutionnels.

Pourquoi 100 % du don arrive aux familles ?

L'association fonctionne avec un bureau entièrement bénévole. Les frais de structure (assurance, communication, comptabilité) sont pris en charge séparément via des opérations dédiées (dîners caritatifs, paniers donateurs). Les dons fléchés "scolarisation" arrivent intégralement aux familles.

Peut-on parrainer un enfant en particulier ?

Pas au sens classique du parrainage individuel — l'association préfère mutualiser pour éviter les déséquilibres entre familles d'un même hameau. Mais les mécènes peuvent recevoir un suivi nominatif sur le groupe d'enfants soutenus par leur don.

Pour aller plus loin

Mots-clés

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